Chef de cuisine : nom commun et non propre – ATABULA


Il s’agit d’une tendance lourde, probablement concomitante avec sa nouvelle place et son statut dans notre société, mais qui n’en demeure pas moins fallacieuse. Omniprésent, voire omniscient, starifié et médiatisé à outrance, conseiller de la ménagère et plus encore, le chef de cuisine se conjugue à toutes les sauces. Grand bien lui fait pour son égo, mais regrettetons tout de même un usage largement généralisé dans les communiqués de presse, les outils de communication et la (mauvaise) presse, mais totalement abusif : l’emploi d’un « C » majuscule pour parler de lui. Rappelons-le sans ambages : le mot « chef » est un nom commun et non propre, donc il s’écrit avec une minuscule. Point barré.

Le Chef a fait ci, le Chef a fait ça, le Chef étoilé, le Chef du restaurant machin truc… Un « C » majuscule pour rendre le personnage plus puissant encore, imposant, tutélaire, en un mot comme en cent : unique. Tout ce qui est unique est grand, donc une grande lettre pour bien faire comprendre que notre cuisinier est tout cela à fois et bien plus encore. Cela fait toujours plaisir au principal intéressé, ça ne mange pas de pain, l’attaché(e) de presse aime faire plaisir à son client, le scribouilleur recopie sans vergogne sur son média cette coquille indolore, le lecteur lambda glisse ses yeux sur cette généreux majuscule sans demander son reste typographique.

Nom propre et nom commun, une leçon qui remonte à l’école primaire. Pas le plus complexe ni le plus subtil des enseignements, et pourtant. S’amuserait-on à mettre une majuscule à chef de poste, chef de gare, chef d’entreprise ou chef de partie ? D’un seul coup, la majuscule semble superflue. Rappelons au passage que l’on peut être grand et prestigieux sans avoir besoin de malmener la règle typographique : « premier ministre » s’écrit ainsi, tout comme « président de la République ». Le président Macron se contente lui aussi d’un petit « p », sans que cela fasse grand bruit.

Chers chefs, chers échotiers de tout poil, chères agences de communication, il n’est pas question ici de style ou d’identité, mais d’un respect basique de la typographie française : arrêtez donc de mettre des majuscules partout pour magnifier le sujet et lui accorder une aura qu’il a déjà naturellement. Écriture minuscule pour rôle majuscule, voilà qui semble juste et.. supposé.


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